Lors de la visite les souvenirs ressurgissent.
L'appartement l'intéresse ; c'est le lieu du monde qu'elle a le plus habité. Elle entre dans la cuisine. Cette pièce est lumineuse. Il y a des plantes vertes au balcon. Il se passe de l'eau sur le visage. Au loin on entend des enfants qui jouent. Est-ce bruyant? Ils regardent par la fenêtre. Ici c'est la chambre. Elle ouvre la porte et entrouvre délicatement le rideau orange, il l'aperçoit. En arrivant elle s'est demandé si elle n'était pas déjà venue avant mais elle ne croit pas que ça soit possible. Des fois, il lui arrive de rêver que l'appartement des voisins n'est que le prolongement du sien et que le passage y est récurrent comme de la chambre au salon. Là, c'est la salle de bain, spacieuse. Il pousse la porte ouverte et se regarde dans le miroir. Elle prend son bain. Oui, ça me plaît mais ça reste un peu cher. Elle referme la porte. Il y a déjà eu beaucoup de visites? Sur le pas de la porte il l'embrasse dans le cou. Elle appelle l'ascenseur et se retourne une dernière fois pour jeter un coup d'œil à la porte verte. Elle descend les marches quatre à quatre. Dehors la nuit est tombée.

I

Ce jour-là, dix heures et demie du soir,
un homme et deux femmes

Composer un récit1 sonore à partir de titres2 de livres lus par différentes voix3. Une tentative narrative qui se retrouve morcelée et saccadée car composée à la façon d’un cadavre exquis4. Une bibliothèque fantomatique5 dans laquelle les livres6 ont cedés leur place à des haut-parleurs7.

1. Croquis de projet 2. Titres de livres scannés 3. Video, 01’30’’
4. Pièce sonore 5. Texte 6. Scan du carnet
7. Photographies par Sara Acremann

II

Les nymphes endormies
se réveillent la nuit

Une dérive8 dans le musée. À la recherche de l'œuvre qui va nous laisser sans voix. Lorsqu'on la découvre, on essaye d'imaginer ce qu'elle peut voir. Ici ça sera la statue, La nymphe endormie. Détails des autres œuvres du musée sous ses paupières9. Le musée comme un cabinet de curiosité, La nymphe endormie rêve des autres habitants10 de son petit monde clôt.

8. Captures d’écran 9. Texte
10. Video

III

Skype dans la cuisine

-1-

Une constellation11 d'ordinateurs posés au sol. Dans chacun12 des ordinateur, des gens dans leur cuisine. Le spectateur déambule entre les écrans passant d'une scène à l'autre. Comme s'il s'agissait des fenêtres13 superposées d'un immeuble. Le spectateur observe à l'horizontale et non plus à la verticale les actions et les bruits de ces différentes cuisines. Une mise à plat de différents usages d'un même lieu : la cuisine.

-2-

Des gens14 sur Skype. On pourrait penser qu'ils discutent15 tout en s'affairant à préparer le repas comme on le fait quand on est ensemble dans la cuisine. À y regarder de plus près ça ne semble pas être le cas. La question de la narration, de son rapport au silence16 et aux gestes17 devient alors le sujet principal de cette pièce. Que reste t'il d'un dialogue18 quand il n’y en a pas ? Où se place l'intrigue19? Comment compose t'on une histoire avec des dos tournés et des actions quasi identiques 20.

11. Photographies de l’installation 12. Captures d’écran 13. Vidéo, 01’46’’
14. Captures d’écran 15. Photographies de l’installation par Leonor Fonseca et Kaya Tasman
16. Texte français 17. Texte portugais 18. Vidéos, 04’39’’
19. Performance sonore clôture, 07’18’’ 20. Croquis

IV

Le dernier ferme la porte

-1-

(Pièce sonore) En s'approchant du château et ne pouvant le visiter dans sa totalité, les contes et histoires qui ont bercés notre imaginaire ressurgissent. En regardant chaque fenêtre, on ne peut s'empêcher de recomposer à partir de notre mémoire cinématographique toutes les scènes d'amour et de guerre21 qui ont pu s'y dérouler. Une déambulation sonore22 à travers les salles du château dans laquelle L’enregistrement des pas du visiteur se mêlent à des extraits de films. Cette visite devient alors une ascension vertigineuse23 à travers nos fantômes du cinéma 24.

-2-

(Installation sonore) L’exposition collective se déroule dans les caves25 du château. Chaque salle est occupée par un artiste. J’ai choisi d’occuper sonorement différents espaces qui ne sont pas accecibles par le spectacteur. On entend Marie-Antoinette pleurer derrière la cloison26, la voix magique de la porte27 de la Belle et la bête parler quand on passe devant elle, La reine Margot et son amant s’ébattrent à travers le trou de la serrure28, tandis que le bal de Barry Lindon bât son plein dans la salle du fond29 et que Marianne se faire séduire dans l’escalier30.

21. Partition 22. Photographies 23. Pièce sonore 26’24’’ 24. Légende
25. Photographies 26. « Marie Antoinette », de Sophia Coppola, extrait sonore, 09’59’’
27. « La belle et la bête », de Jean Cocteau, extrait sonore, 00’08’’
28. « La reine Margot », de Patrice Chereau, extrait sonore, 02’22’’
29. « Barry Lindon », de Stanley Kubrick et l’équipe In-fieri, extrait sonore, 40’03’’
30. «La vie de Marianne », de Benoît Jacquot, extrait sonore, 05’45’’

V

Dans les yeux des demoiselles

Un film inspiré par Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. Des jeunes filles en voix off parlent de détails du film qu'elles ont vu et revu vers 10-12ans et qui ont marqué leur vision de la vie amoureuse: de quelle manière le film s’est projeté sur leur vie. À l'image, on voit une fille se maquiller dans une salle de bain. Pendant cette scène de maquillage31, des masques32 en cartons des acteurs du film vont et viennent derrière la porte et l'observent. Elle ne les voit pas. Après avoir tant regarder ces hommes sur des écrans, à son tour c'est elle33 qui se fait regarder34 par eux35. Tout se passe comme si les voix off des autres jeunes filles et les regards furtifs des héros du film n'existaient qu'à l'intérieur 36 de sa tête, faisaient parties de sa rêverie37 , de cet instant d'abandon qu'est la mise en beauté.

31. Film, 05’35’’ 32. « Les hommes en carton » 33. Capture d’écran
34. Capture d’écran 35. Capture d’écran 36. Capture d’écran 37. Croquis

VI

1, rue Souflot, Lyon

Choisir dans deux films très différents des scènes qui présentent des dispositifs d'un certain point de vue analogue où un personnage amène l'autre à se rendre sur son territoire. Dans Vertigo38, l'inspecteur John Ferguson poursuit Madeleine, elle tombe à l'eau, il l'a ramène alors chez lui. Dans Céline et Julie vont en bateau39, c'est la brune qui vient se rendre d'elle même chez la rousse alors qu'elle lui courait après dans la ville et rentre chez elle épuisée. Comment une personne qu'on poursuit en arrive à se rendre? à se laisse regarder40 et à renverser41 la situation jusqu'à mettre l'hôte mal à l'aise sur son propre territoire et à le piéger42? Transcrire ces deux scènes (leurs gestes,leurs dialogues et leurs lieux) et les mixer afin de ne former plus qu'un scénario43. Les ambiances sonores du film, musiques et didascalies sont enregistrées et diffusées dans une enceinte, le performeur donne les répliques des différents protagonistes et tente d'être synchrone avec la version enregistrée. Qui piège qui? la voix enregistrée ou le performeur?

38. Captures d’écran de « Vertigo » de Alfred Hitchcook
39. Captures d’écran de « Céline et julie vont en bateau » de Jacques Rivette
40. Croquis 41. Captation sonore d’une répétition 06’20’’
42. Photographie de la performance 43. Scénario

VII

On ne voit plus rien

Le visiteur déambule dans trois salles. À chaque seuil44 qu’il franchit, il entre dans l’appartement type d’une jeune-femme qui vient d’emménager. Chacune est dans un processus de captation différent45 : La première se filme en train de raconter des souvenirs à propos de photos qu'elle montre à sa caméra. La deuxième discute sur skype. La troisième est en train de visionner des vidéos sur sa caméra. La déambulation du visiteur dure une dizaine de minutes. Les performeuses sortent de leur appartement-type et invitent les visiteurs à venir assister à une projection dans une quatrième salle. Ils s’installent, le film commence. Ce film dévoile l'hypothèse46 d'une forme narrative contenue dans l'assemblage de ces trois scènes de captation et rend visible l'enchevêtrement de ce qu'elles font et voient individuellement47.

44. Photographie des repérages 45. Photographies de la performance
46. Vidéo, 07’54’’ 47. Scénario

VIII

voyageimmobile.fr

Un site internet conçu comme une promenade intérieure, à la façon d'un voyage sans déplacement48. Une réflexion qui appuie mon mémoire sur la thématique du fragment à l'heure d'internet, où en restant sur place on voyage. Un récit qui donne la possibilité de cliquer49 sur des mots et d'entrer dans de nouvelles pages, de se perdre dans les onglets, les images et les citations jusqu'à en perdre le fil du récit.

48. Captures d’écran 49. Site web

IX

Les visites

Tenter de se remémorer50 ses histoires d'amour à la manière de flash-back51, de se les reconstruire du dernier moment52 passé avec la personne: le moment où l’autre s'en va53, au moment de la rencontre54 où l’autre arrive. Essayer d'inverser la logique de la mémoire par des moyens mnémotechniques liés aux espaces55 qui ont contenu ces histoires, comme des écrins de souvenirs.

50. Textes scannés 51. « Frite pièce sonore, 04’58’’
52. « Douche », pièce sonore, 06’15’’ 53. « Maman » pièce sonore, 05’17’’
54. « Oiseaux », pièce sonore, 05’13’’ 55. Photographies

X

Untreue

Skype, outil de communication de notre époque. Une installation vidéo sur trois écrans : Une jeune femme dans l'écran central semble vivre un moment douloureux. Le son est coupé, une voix off remplace la sienne pour rendre l'intensité56 qui ne peut pas être dite simplement. Sur les deux autres écrans, des scènes du quotidien. Une réflexion sur l'impossibilité57 de se dire par des mots dans la communication à distance tandis que l'image des corps, elle est parlante. La voix off tente de se mettre au même niveau que le langage du corps, de rendre perceptible ce qui est sous les mots de ce type de conversation banale.

56. Vidéo 57. Photo de l’installation

XI

Performeurs à enceintes portatives

Trois performeurs58, chacun dans une salle du Centre Pompidou de Paris. Ils portent un sac à dos dans lequel est placé un ampli qui diffuse une un texte enregistré et traduit en quatre langues comme un audio-guide (français, anglais italien et espagnol). Une somme d'observations59 faites dans une salle précise du musée rendant audible les pensées intérieures60 de celui qui visite et de ses intéractions61 avec les œuvres et les autres spectateurs durant son parcours, sa déambulation.

58. Visuels 59. Pièces sonore, écrite par Clémence Prieur
60. Pièce sonore, écrite par Paula Del Castillo, 61. Pièce sonore, écrite parMartin Grugger

XII

Une heure qu'on n’a pas bougé d'ici.

-1-

Une caméra est branchée à un vidéo-projecteur. Le son de cette camera est relié par un casque à la performeuse. Son micro est branché en direct à une enceinte. La performeuse est en train de regarder ses rushs62. À chacun de ses visionages elle se branche à un nouveau vidéo-projecteur. Comme des boîtes noires63 , elle branche ses films et laisse s’y inscrire des traces. Elle parle de ce qu’elle voit. Elle désigne ce qui n’est pas visible et divulgue des informations. Le film à ce moment là n’est pas visible pour le spectateur, l’image est brouillée. Sa voix est là pour combler les lacunes.

-2-

la performeuse vient enclencher chacun des vidéo-projecteurs et lance une projection64. Entre les deux parties elle a mixé les voix diffusées et eregistrées en live ui forme à présentla voix-off de la projection.

62. Croquis 63. Textes 64. Vidéo

XIII

Exploration

« Cet été là avait fini par ressembler à un cauchemar de fièvre verte ou à une jungle obscure e silencieuse derrière une vitre » Carson Mc Cullers, Fankie Adams. L'idée est de donner à voir cette exposition-résidence comme un huit clos dans une île déserte. Tenir un carnet de bord65 de l'ambiance générale, et procéder comme s'il s'agissait d'une sorte de naufrage à la Robinson Crusoé. La performeuse66 est accroupie au une caméra67 qui est relié à un vidéo-projecteur dans une deuxième salle. La voix off est diffusée sur un haut-parleur et se combine alors à la projection pour donner à voir l’envers et l’endroit du décor.

65. Texte 66. Photos 67. Vidéo

Clémence Prieur

Expositions collective

2016 à venir

Les restes de la mer, collectif In fieri,installation sonore, Grotte du Dard, Baume les messieurs

2015

Faîts-divers, installation multimédia, Péniche Adélaïde. Paris Mars on Life,

Aru Jänkl, composition sonore, Festival Bandits-mages et Radioradio, Bourges

2014

La griffe du chat, parcours d’art contemporain, installation sonore, Dole.

Everything we hear and many things we don’t, Festival FACA, installation multimédia, Adamastor Studio, Lisbonne.

Aux demeurant, Collectif In fieri, installation sonore, Chateau de Neublans-Abergement

2013

72h/85m2, collectif In fieri, installation sonore. Galerie Schirman & de Beaucé, Paris.

La chose à cinq têtes, Performance vidéo, Syndicat Potentiel, Strasbourg.

Une heure qu’on a pas bougé d’ici. Installation vidéo multi-écrans. Théâtre Pole sud, Strasbourg.

Untreue, installation vidéo, Théâtre Pole sud, Strasbourg 0,333 exposition avec Marion Cros, Syndicat Potentiel, Strasbourg 2010

Imaginez maintenant, événement radiophonique, Centre Pompidou, Metz Vortex Tour, événement radiophonique, galerie de la Chaufferie, Strasbourg

Les conditions sociales du style en collaboration avec David Legrand, Hear de strasbourg

Performances

2016 à venir

I Dream Of Ether i never Feel, live et installation sonore, Aru Jänkl, Festival Brouillage, radio campus et Confluences, Paris.

2016

Animalités, performance visuelle pour la conférence de Florian Kirchner Péniche Adélaïde, Paris

2015

La vie pieds nus, performance, invitation d’Etienne Gaudillere au Nouveau Théâtre du 8e, Lyon.

Clémolojo, live collectif Nouveau Théätre du 8e,Lyon

2013

Parade des êtres vivants, performance, M.D.A.C, Cagnes sur mer Kairos#1, invitation de Julie Escoffier et Lauren Tortil. Lyon.

2012

On n’y voit rien, avec la participation de Lauren Tortil et Claire de Pimodan, DNSEP, Dmc de Muhouse.

2011

Performeurs à enceintes portatives, Jeudi’s, Centre Pompidou, Paris

2010

X rencontre X, avec Lauren Tortil, à La Chaufferie, Strasbourg Script sur l’exposition Zeitgeist, galerie Muro, Genève

Films

2016

Métamorphosis, commande pour l’exposition Les grands mythe fondateurs, de Hercule à Dark Vador, Petite galerie du Musée du Louvre en partenariat avec la Cinémathèque Française

2014

Les nymphes endormies se reveillent la nuit, film réalisé dans le cadre des Portrais sonores formation supervisée par Daniel Deshays, festival des scénaristes, Valence

Edition

2012

Une tête où la mer bât, mémoire DNSEP. scénario et texte théorique. Hear de Strasbourg

2014

Les nymphes endormies se reveillent la nuit, film réalisé dans le cadre des Portrais sonores formation supervisée par Daniel Deshays, festival des scénaristes, Valence

Résidences

2016 à venir

Institut français de Malabo, Guinée équatoriale

Hub Hug, Liffré Résidence de création pour l’avatar Aru Jänkl

2013

Château de Neublans-Abergement film réalisé dans le cadre des Portrais sonores formation supervisée par Daniel Deshays, festival des scénaristes, Valence

2010

Xan Calant, Mataro, Espagne

Parcours

2012

Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique, félicitations du jury, HEAR de Strasbourg

2010

Diplôme National Supérieur d’Arts-Plastiques, HEAR de Strasbourg

Échange Érasmus, section Art-Action, HEAD, Genève

Experience

2012

Membre active du collectif de création des B-ateliers, Péniche Adélaïde, Paris

2015

Montage d’un court-métrage, Paul Granier Figuration pour le film Jackie de Pablo Larrain Figuration pour le film Planetarum de Rebecca Zlotowsky Workshop avec le chorégraphe Daniel Larrieu au studio théâtre de Vitry

2014

Atelier sonore en maison de retraite dans le cadre de l’exposition la griffe du chat, Dole

Organisation d’évenements artistiques, Péniche Adélaïde, Paris teaser pour le groupe Charel & Sanguebom, NewMorning, Paris

2013

Assistante monteuse du documentaire L’île des femmes de Cécile Canut, bourse brouillon d’un rêve, scam.

2012

Création vidéo pour le colloc de design culinaire de la fête du livre, Théâtre La comédie, Saint-Étienne

2011

Workshop avec la chorégraphe Olga Mesa pour la création du spectacle Labo#film El lamento di biancaneves au Frac Alsace-Selestat

Réalisation d’une série d’interviews d’artistes pour Selest’art, 19e Biennale d’art contemporain, Sélestat

Médiation Selest’art, Sélestat

2009

Médiation, festival d’art contemporain Ap’art, Saint-Rémy de Provence

contact

clemence.prieur@gmail.com